Amiante: Dans le Denaisis, le combat des victimes pour la justice

Le 1er décembre dernier, devant les grilles d'Eternit, à Thiant.
Dans le Hainaut, et plus particulièrement dans le Denaisis, à Thiant, les victimes de l'amiante ont appris avec soulagement la mise en examen d'un haut dirigeant d'Eternit.
C'est une victoire importante pour les victimes de l'amiante. Mardi 24 novembre, Joseph Cuvelier, dirigeant de 1972 à 1994 du groupe Eternit, le plus gros producteur d'amiante-ciment de l'hexagone, était mis en examen pour «blessures et homicides involontaires» par la juge d'instruction Marie-Odile Bertella-Geoffroy, du pôle judiciaire de santé publique à Paris. Et ce, treize années après la première plainte déposée par le CAPER *. Il lui est notamment reproché « l'absence de mesures de sécurité nécessaires pour protéger les salariés de l'exposition aux fibres d'amiante dans les cinq usines françaises du groupe », dont celle de Thiant, près de Denain.
Symbole
Cette décision est un symbole fort, car c'est tout simplement la première fois qu'un haut responsable (et non un simple directeur) est amené à s'expliquer devant la justice. Une victoire qui rappelle ce premier pas franchi en 2002 lorsque la Cour de cassation de Paris avait reconnu la faute inexcusable des employeurs de ces usines.
Dans l'arrondissement du Hainaut, et plus particulièrement dans le Denaisis, la nouvelle de cette mise en examen a été ressentie comme un immense soulagement. Environ 850 personnes sont déclarées «contaminées» dans le bassin, et plus de 400 sont mortes de l'amiante depuis 1995, après avoir travaillé dans le site Eternit de Thiant, petite commune de 2 600 âmes, et où l'entreprise employait encore il y a trente ans, près de 2 600 personnes.
Jusqu'en 1995, on fabriquait ici des taules ondulées en fibrociment. Du ciment qui, une fois mêlé aux fibres d'amiante, le «minerai magique», gagnait une résistance à toute épreuve. (L'entreprise porte le nom d'Eternit pour «éternité», un argument commercial plutôt solide...) Autre avantage, l'amiante demeure très peu coûteux.
Scandale
Le scandale avait éclaté cette même année 95, lorsqu'une équipe de journaliste d'Envoyé Spécial était venue filmer l'intérieur de l'usine de Thiant. La France découvrait alors, stupéfaite, que les ouvriers ouvraient des sacs d'amiante au couteau sans peu ou pas de protection... En 1997, à la faveur de ces révélations, l'amiante était définitivement interdit dans le pays.
Mais, malgré tout, rien n'est encore gagné pour les victimes de l'amiante, et la mise en examen de Joseph Cuvelier, si elle est un pas conséquent, ne promet toutefois pas qu'un jour se déroule ce qu'ils attendent: un procès pénal de ceux qu'ils jugent responsables de cette hécatombe. De ceux qu'ils appellent d'une même voix « les empoisonneurs ».
Un procès pénal que le député-maire de Denain, Patrick Roy, réclame de toutes ses forces à l'Assemblée nationale. Cette semaine, il a ainsi exprimé sa «colère » face à cette situation, dénonçant une certaine nonchalance du gouvernement. L'élu socialiste estime en effet que l'Etat n'accorde pas assez de moyens judiciaires pour que les enquêtes puissent aboutir.
Selon Patrick Roy, l'espoir de voir un jour un procès pénal de l'amiante «s'enlise».
Le 15 décembre prochain, il a rendez-vous avec la garde des Sceaux, Michèle Alliot-Marie, pour obtenir des moyens supplémentaires. Et peut-être gravir une troisième marche décisive dans ce combat...
Julien Damien
* Le CAPER est le comité amiante prévenir et réparer, créé en 1995 par des syndicalistes CGT d'Eternit Thiant, et qui vise à soutenir les victimes de l'amiante.